Mon cours de français de cet après-midi m'a beaucoup fait réfléchir. (Comme si j'étais vraiment en mesure de réfléchir, moi, sur quelque chose d'aussi complexe. Et réfléchir comme ça, du jour au lendemain, seulement quand ça m'adonne, seulement quand j'ai envie de faire travailler mon cerveau, parce qu'autrement, je suis trop lâche et je préfère gaspiller ma vie sur facebook.)
D'accord, outre ceci, je ne sais pas par où commencer, pas quoi. Je ne sais pas pourquoi non plus c'est arrivé. Et ma réflexion n'est pas très claire et ne mène à rien vraiment. Et elle n'est surtout pas structurée.
Ç'a commencé lorsque le prof a parlé d'environnement. C'était le cours sur la postmodernité. Et là, il parlait de valeurs et de croyances puis il a dit qu'aujourd'hui, nous devrions croire en l'environnement, vouloir trouver des solutions, espérer empêcher la destruction de notre chère planète et bla bla. Et c'est tout de même ironique puisqu'il prend environ trois cafés par cours, les trois dans des verres de carton différents qu'il fout aux poubelles par la suite et qui ne se désintègrent pas avant mille ans. Mais ce n'est pas tant d'environnement que je veux parler, plutôt du fait de changer des choses. J'ai l'impression qu'on est tellement, et on l'est, et moi aussi vraiment beaucoup, penché sur notre nombril. Sur notre vie, sur nos désirs, même pas nos besoins. J'ai pas besoin de nouveaux vêtements, pourtant il y a toujours une bonne raison pour que j'en achète d'autres (Genre, ouin mais il coûtait quatre dollars, ce chandail. Ouin mais il a été fabriqué par un pauvre chinois-ou-autre exploité-sous-payé mal-traité. Mais il coûtait quatre dollars et moi Amélie Leclerc-Poudrier, je le voulais). On gaspille les ressources, on gaspille l'eau, la nourriture, la planète, mais on vit bien, on est au chaud, on est bien habillé, on sent bon. Et on gaspille la vie à vouloir être en congé, à vouloir dormir, à vouloir avoir du plaisir. On gaspille nos soirées à écouter Occupation double et à bitcher Joève sur internet. Au lieu de quelque chose qui nous demande de réfléchir. De se poser des questions. Sauf, oh mon dieu, qui va gagner le condo à cinquante mille dollars? Ça fait tellement pitié. Ça me rend honteuse de faire partie de ce monde. Qu'est-ce que ça change ça, sur la terre? Je n'ai pas la prétention de vouloir changer le monde mon dieu seigneur, non, même que je m'en veux de ne "soutenir" aucune cause, mais il me semble qu'on fait vraiment dur. Qu'on est vraiment nul. J'ai envie de me regarder avec mépris tellement je suis comme tout le monde, tellement je ne pense qu'à mon confort personnel, à ma vie qui doit être la plus parfaite possible. Il y a des sans-abris qui commencent à mourir de froid en ce début décembre, et je parle pas non plus de leur faim, il y a des familles pauvres qui ont de la difficulté à se payer à manger, il y a la planète qui meurt parce qu'on n'utilise pas de tasses à café réutilisables et qu'on achète des voitures polluantes. Et je ne parle même pas du problème des gaz de schiste parce que savez-vous quoi? Je ne suis même pas au courant des enjeux et j'ai même pas pris le temps de m'informer tellement j'étais occupée à me magasiner un nouveau manteau ou à vendre des accessoires à cheveux ridiculement chers pour ce que c'est. Je m'en veux, je m'en veux de m'en foutre, de me foutre de tout, sauf de moi. Et ne me dites pas que c'est faux, que je suis dans le tort. Je ne suis pas dans le tort, je-me-fous-de-tout, sinon je serais informée de ce qui ce passe réellement et j'aurais un fort désir de changer les choses. Non? Parce que c'est quoi une société, un peuple? C'est un tas de personnes qui se regardent la mousse de nombril, qui achètent des millions d'affaires inutiles, qui vivent dans des maisons toutes pareilles, qui croient qui peuvent partager leur opinion non réfléchie, non valable, parce qu'on a donc droit de tout faire ici, comme je suis en train de faire très maladroitement présentement? C'est tout le monde qui baigne dans les mêmes problèmes, qui chie sur le premier ministre, qui a le chialage facile sans les actions qui vont avec? Je suis comme ça moi aussi. Oui, j'ai une conscience environnementale, oui j'ai une tasse de café réutilisable et j'utilise le transport en commun, mais je ne composte pas, j'ai le chauffage dans ma chambre parce-que-sinon-j'ai-froid-tsé, je prends une douche beaucoup trop longue parfois, je fais partie d'aucun mouvement pro-environnement, je n'apporte aucune solution au fait que le Tim Hortons à côté de chez mois ne recycle RIEN et que les lavaloises anglaises gurdas au Simons me demandent des sacs quand elles en ont quarante ET qu'elles consomment, consomment et reconsomment des colliers qu'elles ne porteront qu'une fois. J'ai une conscience sociale? Bof, ça me fait pleurer, la situation des haïtiens, l'exploitation des enfants, la faim des africains. Ben pleure Amélie, ça changera pas grand chose. Continue d'acheter des chandails pas chers de chez Garage et d'encourager le terrible sort des pauvres enfants.
Et continue d'écrire des affaires personnelles et sans intérêt sur internet. Comme si ton opinion comptait. Comme si le fait d'apprendre l'allemand et de travailler au Simons intéressait quelqu'un. Va en Haïti et construit des maisons, là ça va intéresser quelqu'un. Hen, continue d'apprendre l'allemand. Qu'est-ce que ça va bien donner d'apprendre une autre langue, d'étudier le passé, quand on ne change rien à notre présent dégueulasse. Ça donne quoi d'enseigner l'allemand? D'enseigner des connaissances inutiles? Qui n'apportent aucun progrès à notre monde? Pis enseigner l'allemand! Hahaha bonne chance ma belle pour te trouver un emploi. Tu vas peut-être retourner au Tim Hortons à 25 ans! Mais dans le fond, pourquoi faudrait absolument absolument absolument avoir un travail qui rapporte quatorze millions par année? Pour bien vivre hen, c'est ça? Pour prendre une douche chaude? Acheter des vêtements faits par des enfants exploités? Acheter un char, payer pour du fucking gaz trop cher et polluer la terre? Oui oui, vu comme ça, ça me donne vraiment envie de vivre.
J'sais ce que vous pensez. C'est quoi son problème tout à coup, d'être full intense? De penser que son petit discours va m'atteindre? On se calme là. T'es qui toé? Moi aussi je pense ça. On s'en fout de ce que j'ai à dire. De ce que tu as à dire. De ce qu'ils veulent dire. On s'en fout, en autant qu'on ne soit pas dérangé dans notre petit confort. Dans notre petit individualisme à la con. Et je suis pas mieux. Qu'est-ce que je vais faire moi après avoir vomi tous ces mots dénudés de sens sur un blog que personne ne lit? Regaspiller ma vie sur facebook? Me faire croire que j'ai une vie palpitante et plein d'amis? Faire mes devoirs parce qu'on me l'a demandé et être stressée parce que j'ai mille examens? Hey, y'a des gens qui meurent de faim? Ça remet pas les choses en perspective? Oui. Et pourtant, c'est quand même ce qui arrivera.
Je m'en veux. Je me crache dessus, pauvre fille insignifiante.
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